Syndicat du personnel enseignant du Collège Ahuntsic (FNEEQ-CSN)

Appel à la résitance citoyenne

vendredi 4 mars 2005

Appel à la résistance citoyenne par un groupe de citoyennes et citoyens du quartier Pointe-St-Charles à Montréal

La volonté ferme du gouvernement Charest de faire adopter avant Noël plusieurs projets de loi qui viendront modifier de manière substantielle la vie des citoyens et des citoyennes dans plusieurs secteurs de la vie est un indicateur extrêmement sérieux de ce qui nous attend durant les prochaines années. La mise en oeuvre de la « réingénierie de l’État », doublée d’une attitude très autoritaire, se cache sous le manteau de la légitimité électorale. Ce refus du débat public affiché ouvertement par le gouvernement nous invite à réfléchir très sérieusement sur les moyens que nous avons, comme citoyennes et citoyens, pour faire comprendre aux tenants du néo-libéralisme que nous refusons le programme de dilapidation de nos services collectifs et le recul de nos droits sociaux.

Jean Charest dit nous entendre, mais de toute évidence il ne nous écoute pas. Les quelques séances de Commission parlementaire organisées à la hâte ne nous semblent être qu’un élément de stratégie permettant au gouvernement de dire officiellement qu’il a consulté. Nous croyons que cette stratégie ne servira qu’à apaiser les tensions sociales si cela s’avère nécessaire. À moins d’une semaine de la fin de session à Québec nous prenons acte, à moins que la grogne de tous les milieux sociaux ne se manifeste de façon soudaine et de manière beaucoup plus intensive, que le gouvernement fera adopter quasi intégralement les projets de loi qui sont sur la table.

Le projet global du gouvernement hypothèque considérablement l’espoir de construire une société québécoise de justice et de partage. La « réingénierie » de Jean Charest nous apparaît être un modèle semblable à la « révolution du bon sens » de Mike Harris en Ontario. Il s’agit de la mise en application concrète d’une vision néo-libérale ou les forces du marché deviennent les décideurs de ce qui est bon pour l’ensemble de la société. Avons-nous besoin d’attendre et de vivre quotidiennement les conséquences d’un tel projet avant d’organiser la résistance qui s’impose ? Nous croyons qu’il est beaucoup plus sage de prévenir que de réparer les pots cassés.

A travers les différents projets de loi (Lutte à la pauvreté, garderies, justice administrative, fusion forcée d’établissements de santé, sous-traitance, etc.), qui ne sont qu’une première phase, le gouvernement accentue la centralisation du pouvoir dans les structures institutionnelles. Il élimine au passage la présence citoyenne des derniers espaces de participation démocratiques, il accélère la concurrence entre travailleurs et travailleuses et le marché du travail, il accroît le contrôle sur les pauvres, il compte intégrer le réseau communautaire comme sous-traitant et comme réserve de « cheap labor » au service de la logique du marché, etc. En somme, le gouvernement sait qu’il a besoin d’augmenter son pouvoir de coercition, au détriment de la société civile, s’il veut réaliser ses ambitions de céder le plus d’espace possible aux visées des grandes entreprises.

La ZLÉA en application

Pour plusieurs encore cette expression de la ZLÉA semble être quelque chose d’étranger à la situation québécoise. Cette Zone de libre échange des Amériques, que tentent d’imposer les Etats-Unis, est soutenue par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) dont les principaux leitmotivs sont : la réduction des programmes sociaux et la privatisation des services publics. En très clair, ce sont les principaux éléments de fond d’un programme néo-libéral.

Nous sommes convaincus que le gouvernement de Jean Charest vient d’enclencher une accélération radicale de l’implantation d’un programme néo-libéral qui, au bout d’un mandat, aura ouvert nos services publics au plus offrant sur le marché. Malgré l’échec récent de la conférence de Cancun au Mexique, beaucoup de gouvernements continuent de travailler dans la mise en place d’une ZLÉA modifiée mais ayant les mêmes objectifs. Le gouvernement du parti libéral du Québec est un de ceux-là. La réingénierie de Jean Charest n’est autre que la vision québécoise du notre intégration à la ZLÉA. Nous sommes convaincus qu’une grande partie des citoyens-nes qui ont voté pour le parti libéral aux dernières élections n’ont jamais voté pour ça.

La légitimité citoyenne

En réaction aux projets de quelques dizaines de dirigeants politiques et économiques du monde qui se réunissent au Sommet de Davos en Suisse, des dizaines de milliers de personnes participent depuis 3 ans au Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre au Brésil avec la conviction « qu’un autre monde est possible ». Cet autre monde à bâtir, c’est la solidarité sociale, le partage des richesses, la démocratie participative. En fait, tout le contraire de ce que cherche à nous imposer l’actuel gouvernement de Jean Charest.

Loin de mettre fin au « débat », l’adoption des premières lois du gouvernement libéral sonne le début des hostilités. Nous sommes réalistes. La lutte citoyenne sera longue et dure, ne nous y trompons pas. Mais nous, citoyennes et citoyens impliquéEs dans le quartier Pointe Saint-Charles à Montréal et préoccupéEs par la justice sociale, refusons de nous soumettre à l’inacceptable. Nous refusons de voir augmenter la pauvreté, la misère psychologique et humaine, nous refusons que nos réseaux communautaires et les services que nous avons bâtis soient détournés pour ne servir que les intérêts mercantiles de l’État, nous refusons de perdre notre projet de santé communautaire en construction depuis 35 ans. En somme, les conséquences prévisibles de la réingénierie Charest font monter en nous notre indignation et notre colère. Nous avons un devoir moral et éthique de résistance à ce nouveau coup de force que veut nous imposer le pouvoir gouvernemental.

Les appels lancés depuis quelques temps par un très grand nombre d’acteurs sociaux pour établir le dialogue et le débat avec le gouvernement sont pratiquement restés lettre morte. Une oreille tendue ici, une rencontre de dernière minute là, de la part du Premier ministre ! Il faut nous rendre à l’évidence : le gouvernement Charest a rompu avec la majorité de la société civile. Mais il fait une cour assidue à la classe moyenne dans le but de diviser la majorité. Ses vrais amis ne sont pas là. Les amis de Jean Charest et du Conseil du trésor sont ces consultants privés qui réfléchissent en secret, payés par des fonds publics, pour élaborer divers scénarios de privatisation des biens publics. Ce sont encore plus les grands intérêts financiers qui, via la voix du Conseil du patronat, ont hâtent de faire main basse sur des occasions d’affaires en or dans les milieux de la santé, de l’éducation et du travail.

#publicVu l’impossibilité d’un vrai débat public sur les enjeux de la « réingénierie » et vu notre désaccord avec la dilapidation anticipée des services publics au profit d’intérêts privés, nous croyons qu’il devient tout à fait légitime pour les citoyens et les citoyennes de prendre les moyens qui s’imposent pour nous faire entendre et pour faire prévaloir les choix de société que nous voulons.

Nous appelons donc les citoyens et les citoyennes à la résistance par l’utilisation de moyens de protestation légitimes sous forme d’actions directes de perturbation du fonctionnement administratif des institutions étatiques. Il nous faut, pour toutes ceux et celles qui y croient, envisager des actions de désobéissance civile non-violente pour obliger le gouvernement à s’arrêter et à mettre en débat public ses projets de « réingénierie ».

Nous annonçons ouvertement notre intention d’agir et de contester l’illégitimité des décisions gouvernementales par la légitimité de la résistance citoyenne. Et nous invitons, toutes celles et ceux qui croient qu’il est temps de réagir fermement à s’engager dès maintenant dans des actions citoyennes pour protéger le patrimoine collectif de notre société.

Un groupe de vingt citoyennes et citoyens impliquéEs du quartier Pointe Saint-Charles.

Signatures : Myreille Audet, Jocelyne Bernier, Pauline Boivin, Micheline Cromp, Isabelle Drolet, Lise Ferland, Alain Goupil, Anet Henrikso, Anna Kruzynski, Jean-Pierre Lafond, Yves Manseau, Isabelle Matte, Gisèle Normandin, Denis Roy, Marcel Sévigny, Daniel Sweeney, Marie Thétreault, Sophie Thiébault, Karine Triollet, Chantal Zumbrunn.

un groupe de citoyennes et citoyens du quartier Pointe-St-Charles à Montréal

Voir en ligne : Alternatives

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