Syndicat du personnel enseignant du Collège Ahuntsic (FNEEQ-CSN)
Chronique no 37

Éducation et finances publiques

Quels sont nos véritables besoins ?
vendredi 25 mars 2011 par Comité école et société (FNEEQ-CSN)

Le budget du gouvernement du Québec, soulève
beaucoup d’inquiétudes. Les mesures d’austérité
adoptées l’année dernière ont été vivement
rejetées par le milieu social québécois. La néces-
sité et l’utilité de ces choix ont été remises en
question, puisque les investissements publics sont
en général beaucoup plus efficaces pour relancer
l’économie que de sévères restrictions. Certaines
de ces mesures d’austérité affectent directement
le milieu de l’éducation – la hausse des droits
de scolarité, surtout. Ce qui nous mène à des
questions essentielles : quel financement public
voulons-nous pour notre système d’éducation ?
Que sommes-nous en mesure de demander en
cette période d’austérité budgétaire ?

On évalue souvent les budgets accordés à l’éducation
selon le produit intérieur brut (PIB) : plus le pourcentage
est élevé, plus l’éducation serait bien traitée. Il s’avère
que le Québec se sort bien de telles comparaisons :
nous donnerions plus que la moyenne des pays. Cela
veut-il donc dire que nous devrions nous satisfaire de
ce que notre gouvernement investit ?

Le PIB est un indicateur qui soulève de vives
critiques : il ne tient compte que de l’activité économique
mar chande et chiffrable, et laisse en plan une grande
part de la vie des gens. Affirmons tout de même que,
malgré ses imperfections, il reste un élément valable
de comparaison. Mais il n’est certes pas un critère
absolu. Par exemple, si l’ensemble des pays donnent
des montants insuffisants à l’éducation, le fait d’être
au-dessus de la moyenne n’est pas très significatif.
Dans de nombreux pays du Sud, les plans d’ajustement
structurel du Fonds monétaire international (FMI) ont
démantelé les systèmes d’éducation, qui ont des
besoins criants et dont la faiblesse ne permet pas de
donner la main d’œuvre qualifiée dont ils ont gran-
dement besoin, ce qui abaisse considérablement la
moyenne acceptable.

Les rencontres de la Trinationale de l’éducation et
de la COCAL, tenues respectivement à Montréal et à
Québec, l’année dernière, nous ont permis de constater
à quel point le sous-financement affectait les ensei-
gnantes et enseignants du Mexique, et même ceux
de notre puissant voisin états-unien. Les Européens,
quant à eux, sont victimes d’éprouvants plans d’austérité
qui provoquent des hausses dramatiques des droits
de scolarité dans certains pays — au Royaume-Uni,
plus précisément, ceux-ci passeront de l’équivalent
de 5 200 $ à 14 000 $ par année.
Au Québec, personne n’oserait soutenir que notre
réseau d’éducation roule sur l’or. Nos universités accu-
mulent les déficits depuis plusieurs années. Les écoles
publiques intègrent largement les élèves handicapés et
les élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage
(EHDAA) dans les classes régulières parce qu’elles
n’ont plus les moyens de leur accorder un suivi par des
spécialistes. Ce financement insuffisant va à l’encontre
des discours officiels, selon lesquels l’éducation est
primordiale pour rendre le Québec plus compétitif,
alors que ces bons mots ne sont jamais renforcés de
politiques budgétaires conséquentes.

Pour remédier à la situation, le gouvernement
Charest n’a pas d’autre stratégie que celle de faire payer,
au niveau de l’éducation supérieure, le déficit par les
utilisateurs, selon le principe néolibéral de l’utilisateur/
payeur. Un principe qui a été maintes fois dénoncé par
la FNEEQ, surtout parce qu’il limite l’accessibilité auxbesoins criants et dont la faiblesse ne permet pas de
donner la main d’œuvre qualifiée dont ils ont gran-
dement besoin, ce qui abaisse considérablement la
moyenne acceptable.

Les rencontres de la Trinationale de l’éducation et
de la COCAL, tenues respectivement à Montréal et à
Québec, l’année dernière, nous ont permis de constater
à quel point le sous-financement affectait les ensei-
gnantes et enseignants du Mexique, et même ceux
de notre puissant voisin états-unien. Les Européens,
quant à eux, sont victimes d’éprouvants plans d’austérité
qui provoquent des hausses dramatiques des droits
de scolarité dans certains pays — au Royaume-Uni,
plus précisément, ceux-ci passeront de l’équivalent
de 5 200 $ à 14 000 $ par année.
Au Québec, personne n’oserait soutenir que notre
réseau d’éducation roule sur l’or. Nos universités accu-
mulent les déficits depuis plusieurs années. Les écoles
publiques intègrent largement les élèves handicapés et
les élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage
(EHDAA) dans les classes régulières parce qu’elles
n’ont plus les moyens de leur accorder un suivi par des
spécialiuniversités. Cette solution a d’ailleurs été fermement
rejetée par les syndicats et les associations étudiantes
lors d’une rencontre sur le sujet organisée par le MELS,
le 6 décembre dernier, en partie aussi parce qu’il n’est
pas garanti que l’argent supplémentaire soit investi dans
l’éducation. Le budget des universités a augmenté de
142 % depuis 1997, contre une augmentation des
effectifs de 19,5 % et une diminution des professeurs
de 9,9 % !

Le combat pour une éducation mieux financée fait
face au Québec à une difficulté qu’on ne peut nier : le
peu d’importance que les Québécois y accorderaient.
Un sondage portant sur les priorités des Canadiens et
des Québécois, réalisé en 2009 par Multi Réso recher-
che marketing, a révélé que les premiers considéraient
plus volontiers l’éducation comme une priorité que les
seconds : 25 % pour les Canadiens contre 19 % pour
les Québécois. Ce sondage montre aussi que la santé
est une véritable obsession pour les Québécois : elle
arrive en tête des priorités avec 62 % d’appuis contre
36 % chez les Canadiens, qui placent l’économie et
l’emploi comme principales préoccupations.

Certes, il faut relativiser ce type de sondage. Et
peut-être faire un lien entre la préoccupation pour
la santé et la place incontournable que ce sujet a
occupé dans les médias québécois. Chose certaine,
on ne peut se baser sur des sondages, aux résultats
souvent discutables, pour prendre une décision aussi
fondamentale que de fixer le niveau convenable de
financement de notre système d’éducation.

Le discours du Parti libéral et des idéologues
néolibéraux nous confronte à des choix déchirants :
devant l’état soi-disant désastreux des finances publiques,
on ne peut plus tout se payer – un bon système de
santé, une éducation de qualité, de généreuses retraites,
de l’énergie bon marché, une production culturelle
diversifiée. La logique de la tarification porte sur les
citoyennes et les citoyens la responsabilité de choisir
services dont ils auront le plus besoin. Les plus riches
auront tout, les pauvres presque rien. L’éducation est
mise sur le plateau d’une balance, alors qu’on laisse
entendre que, si l’éducation est tellement importante
pour certains, il y a toujours la possibilité de se payer
l’école privée (ou d’étudier dans les universités les
plus « performantes »).

Jamais dans ces discours, il n’est question de
mesures de distribution de la richesse qui pourraient
apporter des milliards dans les coffres de l’État : fiscalité
progressive, lutte contre les fuites fiscales, taxe sur les
transactions financières, hausses d’impôts pour les
entreprises, hausses des redevances sur les ressources
naturelles.

Pour le prochain budget du Québec, la FNEEQ souhaite
– à l’instar de dizaines et de dizaines d’organisations
communautaires, populaires et syndicales – que le
gouvernement abandonne les mesures régressives
envisagées et qu’il fasse un pas significatif vers une
meilleure distribution de la richesse. Or, cela passe,
en ce qui nous concerne, par un meilleur financement
de l’éducation. Les enseignantes et les enseignants
méritent de meilleurs salaires ; les écoles doivent
avoir les moyens de répondre aux défis modernes
de l’éducation.

Certes, tout n’est pas une question d’argent. Un
véritable effort de réflexion collective quant à l’avenir de
notre système d’éducation serait nécessaire, en accor-
dant une place privilégiée à celles et ceux qui œuvrent
quotidiennement à éduquer et à former la jeunesse
québécoise. C’est ce que la FNEEQ réclame depuis
la publication du Manifeste pour faire de l’éducation
publique une priorité au Québec, et en militant pour
des États généraux sur les universités.

On peut rejoindre le comité école et société à
l’adresse : cesfneeq@csn.qc.ca


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