Syndicat du personnel enseignant du Collège Ahuntsic (FNEEQ-CSN)
Chronique du comité École et société de la FNEEQ - no 23

La recherche universitaire... version « cowboy »

Dans son dernier budget, le gouvernement Harper a trouvé moyen de soulever la colère du monde universitaire, autant chez les professeurs que chez les étudiants. Une nouvelle offense contre l’intelligence, caractéristique de la raideur idéologique du gouvernement Harper et qui rappelle celle récemment faite au monde de la culture.

Le budget pour la recherche universitaire est distribué aux quatre grands conseils subventionnaires fédéraux, lesquels accordent ensuite cet argent aux chercheurs et aux étudiants qui leur présentent des projets de recherche. Le gouvernement conservateur alloue à l’un d’eux, le Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH) un supplément annuel de 17,5 millions $ pour des bourses étudiantes, à la condition que les projets de recherche portent sur des sujets reliés au monde des affaires. Pour l’année 2009-2010, le budget total du CRHS est de 241,3 millions $ pour les professeurs-chercheurs et pour les étudiants boursiers ; le budget est de 68,2 millions, comprenant la portion tant décriée. Voilà pour la recherche ciblée et orientée dans les sciences humaines et sociales où, cela est bien connu, il se fait trop de recherches futiles et non pertinentes ! On donne pour justification que ces subventions doivent aider à trouver des solutions à la crise économique actuelle. En fait, il s’agit d’une forme déguisée de transfert vers le secteur privé canadien pour soutenir la concurrence de plus en plus faussée, à l’heure où l’é conomie canadienne s’intègre toujours plus à l’économie étasunienne. La mondialisation impose, semble-t-il, de pareils choix, pourtant très douteux.

Un tollé général s’est élevé contre cette vision utilitariste et simpliste de la contribution des sciences humaines au progrès social. Les associations de chercheurs, celles des étudiants et même la Conférence des recteurs des universités ont toutes dénoncé les dangers d’un tel virage idéologique, y voyant une menace à l’autonomie et à la liberté universitaires. Même Alain Dubuc, éditorialiste au quotidien La Presse, a protesté contre la manœuvre grossière du ministre des Finances et de son collègue Gary Goodyear, ministre d’État aux Sciences et à la Technologie, qui de plus, serait de confession créationniste. Les débats parlementaires ont fustigé cette approche et les députés de l’opposition ont demandé au gouvernement de rectifier sa prescription, hélas sans succès. Ainsi s’impose la version « cowboy » de la science au Canada d’a ujourd’hui.

La recherche en sciences humaines reste le parent pauvre parmi les secteurs subventionnés. On voudrait maintenant rendre prioritaire la recherche économiquement utile. « Ce n’est pas nécessairement parce qu’on investit dans des domaines soi-disant rentables et directement branchés sur l’économie qu’on va avoir des retombées économiques positives, au contraire », dit Louise Dandurand, présidente du comité de la recherche de la CREPUQ. D’a illeurs, le monde des affaires est certainement en mesure de subvenir lui-même à la recherche dans des projets lucratifs qui lui importent. Ce « merveilleux monde des affaires », qui nous a jetés dans la tourmente financière, a bien peu mérité une telle manne gouvernementale.

Que feront les grands conseils subventionnaires de ce critère d’attribution des bourses aux étudiants chercheurs ? Ces derniers seront-ils à formuler des projets reliés aux affaires ? Les sciences humaines et sociales se tourneront-elles vers les sciences de l’a dministration et de la gestion ? Rappelons que le secteur des sciences humaines représente actuellement 50, 7 % des corps professoraux au Québec. Les étudiants en sciences humaines sont les plus nombreux au sein de nos universités et leurs recherches de maîtrise et de doctorat sont les moins bien subventionnées. Octroyer des bourses conditionnelles risque fort de les séduire, car il s’agit de bourses annuelles pouvant aller jusqu’à 35 000 $. On risque ainsi l’autocensure dans la formulation de projets de recherche.

Il nous faut dénoncer la manœuvre gouvernementale qui oriente la recherche en sciences humaines et qui vient bafouer la liberté universitaire. Cela constitue une forme de musellement de la pensée critique par le biais de l’attribution des subventions publiques. Le gouvernement Harper continue à jouer au cowboy idéologue en des domaines sensibles de la vie collective : avortement, féminisme, promotion artistique et maintenant les sciences humaines. Ses attaques aux acquis sociaux et aux valeurs communes soulèvent l’indignation. Espérons que le mandat de ce gouvernement sera vite résilié.


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