Syndicat du personnel enseignant du Collège Ahuntsic (FNEEQ-CSN)

La tâche d’enseignement

lundi 2 avril 2007

La tâche d’enseignement est l’un des enjeux majeurs de presque chacune des rondes de négociation menées depuis que le syndicalisme enseignant existe. Même en cours d’application de la convention collective, des luttes se sont poursuivies sur ce sujet. Mais il y a bien longtemps que nous reculons collectivement à ce chapitre.

Régulièrement, nous avons vu notre tâche augmenter au gré des réformes et des modifications au régime pédagogique. Comme la Fédération des cégeps l’annonce encore sur son site Internet, notre tâche « a évolué ».

Il est bien ardu de chiffrer cette augmentation, mais
l’augmentation due au seul changement des valeurs des
paramètres de la CI en 82-83 avait été évaluée à 13 %.
Depuis lors, bien d’autres facteurs se sont ajoutés contribuant
tous à l’alourdir. Pour ne nommer que ceux-là, il y a
eu l’élaboration locale des programmes, l’heure « exquise »,
l’encadrement et l’augmentation de tâche concédée en
1996-1997 pour que nos coupures de salaire ne soient que
de 3,57 % en 1996-1997 au lieu de 6% comme le réclamait
le sinistre gouvernement Bouchard dans sa campagne pour
le déficit zéro. Tout le mode de financement des ressources
a aussi été bouleversé, sans mentionner les pertes subies en
arbitrage quant au financement, par la masse salariale des
enseignants, de la suppléance, de certaines dispositions des
congés maladie et dans diverses autres causes.

Cette augmentation de tâche exerce à coup sûr une
pression sur nos vies et sur la gestion de notre travail. Faute
de gains et face à ces divers reculs, il est peut-être normal que
l’on se questionne sur les stratégies à mettre de l’avant.
Mais nous croyons que ce questionnement ne saurait se faire
qu’en regard des valeurs collectives de solidarité et de respect
pour le travail de nos collègues dont la tâche peut différer
de notre vécu personnel.

Ce type de questionnement n’est pas nouveau. Il a
amené, vers la fin des années 70, un meilleur équilibre
entre les collèges à vocation différente par des ajustements
à la convention collective. Il fut un temps où la norme
1/15 s’appliquait aussi bien à des collèges à vocation générale
qu’à ceux dont la vocation était plus technique. Avant
ces gains, les tâches des enseignants d’un collège comme le
nôtre, à vocation technique lourde, ne pouvaient se comparer
à celles de ceux d’un collège composé presque exclusivement
de programmes préuniversitaires, surtout si l’on
ne considérait que l’une des composantes de cette tâche soit
le nombre d’heures d’enseignement. Nous avons réussi à
faire intervenir, dans les facteurs permettant de générer les
ressources disponibles pour chaque Collège, des éléments
additionnels au strict nombre d’étudiants temps complet
inscrits dans l’institution dont le nombre possible d’étudiants
par groupe, le nombre de préparations, la carte des
programmes et le nombre d’inscrits dans chacun d’eux, la
disponibilité des équipements de laboratoire, le nombre
d’enseignants dans les départements pour se partager
les cours à dispenser, etc. et avons alors pu observer une
réduction de la distorsion entre le nombre d’heures
d’enseignement moyen dispensé par chaque Collège. Nous
savions malgré tout que le nombre d’heures d’enseignement
d’un collège technique comme Ahuntsic demeurerait plus
élevé qu’à Bois-de-Boulogne par exemple, mais il y avait du
mieux.

Avec les pertes subies depuis une vingtaine d’années et
dont nous avons fait mention précédemment, nous avons
vu réapparaître, selon nous, cette distorsion dans les heures
moyennes d’enseignement entre collèges techniques et
préuniversitaires et pas en notre faveur. [1]

Mais nous avons jusqu’ici parlé d’allocations globales
revenant au Collège et non la CI qui est une toute autre
chose lorsque appliquée à la gestion locale des tâches. En fait
la CI, ou formule permettant de comparer la charge individuelle
de travail entre les collègues d’une même discipline,
a été le compromis accepté par plusieurs départements pour
assurer l’équité entre leurs membres. [2] Cet instrument est
sûrement perfectible et les difficultés auxquelles nous
faisions face lorsque cette formule a été élaborée demeurent
lorsque l’on veut comparer la tâche de collègues de disciplines
différentes à l’aide de cet outil. Comment comparer,
par exemple, une préparation unique de cours, dispensés à
3 ou 4 groupes de 40 étudiants, à 3, 4 ou même 5 préparations
différentes de cours donnés à 4, 5 ou 6 groupes plus
restreints d’étudiants ? Comment tenir compte du caractère
répétitif ou non des préparations d’une session à l’autre ?
Comment comparer la correction longue et sûrement fastidieuse
de 3 ou 4 longues dissertations à la correction tout
aussi fastidieuse d’une douzaine de rapports de laboratoire
en plus des 4 ou 5 examens à développement au cours
d’une session ? Doit-on plutôt considérer le nombre d’heures
de travail auxquelles nous sommes astreints ? Et comment
devons-nous calculer ce nombre ? Prenons un cours de
4 périodes par semaine qui sera répété 4 fois. Allouons
4 heures de préparation, plus les 16 heures de prestation,
plus 5 ou 6 heures d’encadrement. Le total partiel est alors
de 25 ou 26 heures de travail par semaine. À 20 minutes de
correction par dissertation, à raison de trois dissertations par
session, cela donne une heure de correction par étudiant par
session. Comptons 150 étudiants, donc 150 heures de
correction, d’où on peut déduire qu’il faut 10 heures par
semaine pour la correction (une session compte 15 semaines
de cours). Donc un total de 35 à 36 heures de travail par
semaine. En cas de 4 dissertations longues, ce temps
augmente alors que parfois s’ajoutent ou se substituent à des
travaux longs des travaux plus courts… à évaluer aussi. À ces
heures, s’ajoutent évidemment les heures de rencontre avec
les collègues ainsi que les heures de réunion de tout ordre.
Ceci dit, y a-t-il difficulté à s’imaginer que le temps de
préparation requis pour les préparations multiples compense
en tout ou en partie les quelques heures de moins passées
à corriger surtout si l’on considère l’obligation de recyclage
constant dans les technologies à évolution rapide comme
les télécommunications, les ordinateurs et toutes les techniques
utilisant des machines électroniques ou informatiques,
que ce soit en techniques de la santé, en techniques
physiques ou dans d’autres programmes ? Il est cependant
vrai que la somme de travail à accomplir peut ne pas être
étalée de façon uniforme dans le temps, d’où l’obligation de
mener aussi une réflexion sur la pédagogie des divers cours.

Nous n’avons jusqu’à maintenant parlé que de la stricte
tâche d’enseignement. Qu’en est-il des tâches autres ?
Comme celles qui sont prévues aux volets 2 et 3 de la
description de la tâche dans la convention collective ? Là
aussi les apparences peuvent être trompeuses. Pour certaines
de ces tâches, comme celles liées à la coordination
départementale, une allocation supplémentaire toujours
insuffisante est accordée. Mais ce n’est pas le cas pour
toutes. Le travail lié au recrutement, au maintien de liens
avec l’entreprise pour mieux adapter les cours aux fonctions
de travail et pour faciliter le placement des finissants, les
tâches liées aux divers agréments, que ce soit celle d’une
corporation professionnelle ou d’un ordre quelconque, si ce
n’est pas celle de l’Association médicale canadienne, ne
sauraient être chiffrées en termes d’heures de travail. Enfin,
tout le travail de développement, d’évaluation et
d’implantation d’un programme est sans contredit plus
aisé lorsqu’il est partagé par 25 ou 30 personnes plutôt que
par 8 ou 10.

Tout ceci pour dire que les mécanismes de répartition
locale des ressources a atteint un certain équilibre au cours
des années. Équilibre se reflétant dans le texte des ententes
locales et des pratiques sur le sujet. L’équipe des représentants
des professeurs au CRT a comme responsabilité de voir
à leur application en accordant la même importance à
chaque enseignant de ce collège, à chaque département.
Ceci ne nie pas le fait que la tâche de chacun a augmenté
sensiblement au cours des dernières années, et il est normal
de revendiquer un allégement à cette tâche. Dans les circonstances
actuelles, nous devons donc investir collectivement
au niveau national, entre autres dans la campagne « Parlons
politique ».

Il faut rappeler que l’actuel plan d’action de la FNEEQ
a comme objectif principal l’augmentation des ressources
enseignantes avant même l’échéance de 2010. Nous croyons
que la meilleure façon de lutter pour alléger notre tâche est
de s’inscrire de plain-pied dans ce plan d’action.

L’équipe des professeurs du C.R.T.

[1Il ne faut pas oublier que plus de 80 % des groupes-cours de l’ensemble des
collèges du Québec comptent 10 étudiants et moins alors que le mode
d’allocation des ressources du Ministère est le même pour tous.

[2Par convention, elle sert aussi à évaluer le pourcentage de tâche des enseignants
à temps partiel.


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