Syndicat du personnel enseignant du Collège Ahuntsic (FNEEQ-CSN)
Chroniques du comité école et société de la FNEEQ - No. 4

Les technologies de l’information... nouvelle génération

mardi 13 février 2007 par FNEEQ-CSN

Depuis plusieurs années, certaines institutions

d’enseignement proposent toutes sortes de formation à

distance ou en ligne. L’université à distance de l’UQÀM

(TÉLUQ) a joué un rôle précurseur dans ce domaine et off re

depuis plus de 30 ans ce type de formation. La TÉLUQ et

l’UQÀM réunies constituent à ce jour la plus grande

université bimodale de la francophonie, alliant formation

sur campus et formation à distance. Le réseau collégial, par

la voie du Cégep@distance, créé en 1991, a emboîté le pas et

propose maintenant aux étudiantes et aux étudiants deux

cent quatre-vingt cours dans des programmes de DÉC et

d’AÉC.

Les technologies de l’information et de communication

(TIC) permettent aujourd’hui d’aller plus loin dans la mise

en réseau de certaines institutions d’enseignement. Elles

apparaissent comme une solution viable pour les programmes

en difficultés de recrutement, ainsi que pour

atténuer l’isolement vécu dans certains programmes ou

collèges, et permettraient de franchir de nouveaux seuils de

performance.

Les Commissions scolaires ne sont pas en reste. En effet, certaines [1] utilisent déjà un réseau privé de fibre

optique, ce qui réduit les coûts récurrents liés à l’usage de

bandes passantes [2]. Cette technologie relie certaines écoles

primaires, grâce aux services Intranet régionaux, à la vidéocommunication,

à la formation à distance, à Internet et à

la téléphonie. C’est le cas depuis trois ans pour les écoles La

Marguerite d’Auclair et Des-Verts-Sommets de Saint-Athanase dans le Bas Saint-Laurent. Ce projet favorise les

échanges entre les élèves et semble avoir « une incidence

notable sur leur confiance, leur motivation et leur estime de

soi » [3].

Nous savons que, suite à une offre de projet d’expérimentation,

certains programmes [4] du réseau collégial

« surfent », depuis septembre dernier, sur un autre mode de

formation à distance. Ainsi, le Ministère de l’éducation du

loisir et du sport (MÉLS), en partenariat avec le Centre francophone

d’informatisation des organisations (CEFRIO) et en

accord avec la Fédération des cégeps, a permis de développer

cinq projets [5] de mise en réseau. Les collèges qui y

p rennent part doivent s’assurer de la participation

d’enseignantes et d’enseignants, d’un engagement formel

des départements concernés et de la Direction du collège.

Ces entités souhaitent, par la télé présence et la télé participation,

permettre aux enseignantes et aux enseignants

comme aux étudiantes et aux étudiants de bénéficier de l’expertise complémentaire du corps professoral de collèges

partenaires. Cette nouvelle approche est expérimentale et

doit faire l’objet de diverses évaluations à la fin de la présente

session. Il faudra notamment faire la preuve que la formation

offerte de cette manière est de qualité et qu’elle peut

se faire à coût moindre, ou à un coût égal au financement

déjà prévu. L’utilisation de ces nouvelles technologies nécessite

l’amélioration du système Internet et la mise en place

de bandes passantes plus efficaces.

La télé présence et la télé participation permettent à des

étudiantes et à des étudiants ou à des groupes classes de

maintenir le contact avec des experts, des enseignantes et

des enseignants hors collège, ou avec des pairs qui sont sur

le terrain ou en classe. Par le lien de communication

Internet, les étudiantes et les étudiants peuvent discuter avec

les experts en direct ou en différé, recueillir leurs commentaires, suivre leur démarche et recevoir des suggestions.

Actuellement, ces projets pilotes ont permis aux étudiantes

et aux étudiants de suivre des parties de laboratoire, des conférences

et des exposés en télé présence. Par ce moyen, les

étudiantes et les étudiants participent aussi, en différé, aux

activités de terrain des autres classes et peuvent faire rapport

de leurs propres expériences de terrain.

Les objectifs du CÉFRIO pour la session d’hiver 2007

visent à mettre en réseau 25 % des cours de la formation spécifique

des programmes visés et faire en sorte que 50 % du

contenu de ces cours soit offert en télé présence mais aussi

en télé participation.

Le CÉFRIO tente ainsi de rencontrer les objectifs annoncés

par ses représentants lors de la présentation du projet

« Cégeps en réseau », où il avançait que le nouveau modèle

de formation devrait : maintenir des programmes en difficulté

s’ils sont jumelés à distance, maintenir l’identité de chaque

collège et l’intégrité de son offre de formation, revoir l’allocation des ressources enseignantes, partager des tâches

d’élaboration de cours et leur prestation, assurer les responsabilités départementales d’élaboration des programmes, briser

l’isolement et le confinement des étudiantes et des étudiants, briser

la lecture même de ces énoncés, il est facile de voir venir des

changements majeurs dans l’acte d’enseignement mais

aussi et surtout, dans la définition de la profession

enseignante.

Bien que les premiers commentaires des enseignantes

et des enseignants confirment le bris de l’isolement, la

complémentarité des expertises et l’intérêt potentiel d’une

nouvelle forme d’encadrement des étudiantes et des étudiants,

plusieurs d’entre eux pointent du doigt certains

éléments qui s’ajoutent à leur tâche habituelle, les obligeant

à offrir une bonne part de bénévolat. Ils doivent revoir les

contenus de cours, les adapter aux nouvelles technologies,

élaborer de nouveaux projets et faire l’apprentissage de

nouveaux outils. Cette nouvelle dynamique de formation

nécessite également l’ajout de rencontres entre enseignantes

et enseignants, mais aussi entre les étudiantes et les

étudiants des collèges collaborateurs. Ils s’inquiètent de ce

renouveau pédagogique puisqu’il demandera, dans une

deuxième phase, une harmonisation des programmes, des

compétences et des outils informatiques spécifiques à

chacun des programmes. Enfin, un constat général émerge

et il devient clair que toute cette opération ne pourra se faire

sans ajout de ressources à la hauteur des changements

exigés.

Quel impact tout cela aura-t-il sur le financement des

programmes et sur la description de tâche des enseignantes

et des enseignants ? Cette approche pédagogique implique

la mise en place de concepteurs de contenu, de conférenciers

experts, d’animateurs et d’accompagnateurs. Ve rrons-nous

apparaître une sectorisation de l’emploi ? Cela se traduirat-

il dans la convention collective et si tel est le cas, comment ?

Tout ce personnel sera-t-il encore considéré comme

des enseignantes ou des enseignants ? Quelle sera la catégorie

d’emploi dominante ? Devra-t-on considérer de nouvelles

échelles salariales ? Cela augmentera-t-il la précarité ?

Par ailleurs, au-delà des bouleversements des pratiques

et des ajustements entraînés dans les conventions, on peut

se demander si cette avenue aura les effets souhaités pour

les régions. À l’évidence, cette approche n’entraîne pas de

création d’emploi. Dans la mesure où il n’y a pas d’engagement

politique approprié, permettra-t-elle de diminuer

l’exode, ou cela aura-t-elle plutôt comme effet de reporter

à plus tard cette fatalité ? Aurons-nous, entre-temps, participé

au développement d’une expertise favorisant le processus

en marche d’une marchandisation de l’éducation ?

De tout temps, le savoir a été une source de liberté, un

gage de réussite et une condition nécessaire à l’exercice de

la citoyenneté. Le Québec, par sa Révolution tranquille, a

permis à sa population de se prendre en main, ce qui a

façonné non seulement son paysage social mais aussi son

ouverture sur le monde. Il semble bien qu’au chapitre de la

d i ffusion de la connaissance, nous soyons aujourd’hui à un

autre tournant de l’histoire.

La baisse démographique en région, les changements

sociaux et l’économie mondiale viennent bousculer nos

institutions, nos programmes de formation et notre savoir

faire. Comment doit-on agir pour le bien commun ? Quelles

sont les avenues à prioriser pour les citoyennes et les

citoyens de demain ? Que doit-on faire pour offrir une

formation équivalente sur l’ensemble du territoire ? Chose

certaine, c’est maintenant qu’il faut y réfléchir, pour ne

pas demain se re trouver devant une collection de faits

accomplis.

Texte du Comité école et société de la FNEEQ

[1Source : Le Soleil, 23 janvier 2007, Commission scolaire de la Beauce-Etchemin.

[2Bande passante : par assimilation, volume de données qu’il est possible de transférer

entre un serveur et un ordinateur client. L’expression « bande passante » est

utilisée de manière courante pour désigner un débit exprimé en octets (ou Kilo,

Mega, Giga-octets).

[3Source : Le Soleil, 22 janvier 2007, Commission scolaire du Fleuve-et-des-Lacs.

[4Source : CEFRIO - Électronique industrielle, Transformation des produits forestiers, Informatique, Logistic et Technologie

forestière.

[5Thetford et Sept-Îles, Saint-Félicien et Sainte-Foy, Rivière-du-Loup et Matane,

Drummondville, Lévis-Lauzon et Trois-Rivières, Baie-Comeau et Gaspésie et les Îles.


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