Syndicat du personnel enseignant du Collège Ahuntsic (FNEEQ-CSN)

Manque de sérieux ou incompétence ?

vendredi 9 décembre 2005

Je ne sais pas par où commencer pour commenter l’article

de Claude Picher dans l’édition du 26 novembre de La Presse. Le journaliste semble incapable de faire un résumé de

lecture avec le minimum d’esprit critique qui devrait être le propre de sa profession. Je n’en reviens tout simplement pas. Une telle incompétence !

Après avoir parcouru l’« Annuaire québécois des statistiques

du travail », publié par l’Institut de la statistique du

Québec (www.stat.gouv.qc.ca), M. Picher en tire des conclusions

qui se veulent éclairantes ( ! ).

Prenons d’abord son utilisation des termes « privilégié » et

« gras dur ». Si vous êtes un homme, diplômé universitaire, avec

plus d’une vingtaine d’années d’expérience et bien sûr

syndiqué, vous êtes probablement un privilégié du marché du

travail. Or, le terme privilège signifie « avantage accordé en

dehors des règles normales ». M. Picher s’emploie cependant,

plus loin dans son article, à démontrer qu’il est avantageux, en

général, c’est-à-dire selon les règles normales, d’avoir complété

des études pour s’assurer une bonne rémunération. J’en ai

plus que marre d’être traité de privilégié parce que j’ai complété

des études universitaires, ce que d’ailleurs, mes parents et la

société m’encourageaient fortement à faire. Pour ce qui est des

« gras durs » de la fonction publique dont je suis (enseignant

dans un Cégep), je reviendrai un peu plus loin sur leur situation

si enviable. Bon nombre (la majorité ?) des fonctionnaires

provinciaux ont un diplôme universitaire ou collégial, et donc

selon la logique du marché du travail présentée par le journaliste,

ils sont beaucoup mieux rémunérés que « la petite

serveuse de restaurant » (il y a aussi de grandes serveuses et des

serveurs de toutes les tailles !). On pourrait comparer le salaire

de « la petite serveuse de restaurant » à celui d’un médecin par

exemple, l’abysse n’en serait que plus profond. Les médecins

devraient alors être qualifiés de « gras » quoi exactement ?

Cette façon de présenter les choses relève de la facilité et de la

démagogie. M. Picher voulait sans doute, en fait, souligner que

le salaire minimum est bien trop bas.

Par ailleurs, l’auteur nous informe que le salaire horaire

moyen des diplômés universitaires a augmenté de 18,7 %

depuis 1997. Je suis un enseignant avec presque 30 années

d’ancienneté, donc en haut de mon échelle salariale depuis

bien des années. Mon salaire a augmenté de 14,7 % depuis la

fin de l’année 1993, ce qui équivaut à 1,15 % d’augmentation

annuelle durant cette période, soit un glissement important par

rapport au coût de la vie. Pas mal gras dur ! Bien sûr, j’ai des

collègues plus jeunes qui progressent encore dans l’échelle et

dont le salaire augmente un peu plus vite. Mais ces augmentations

sont censées reconnaître l’expérience qu’ils sont en train

d’acquérir et non protéger le pouvoir d’achat qu’ils avaient

lorsqu’ils sont entrés dans la profession.

Finalement, M.Picher atteint des sommets de mauvaise foi

(de négligence ? d’incompétence ? d’anti-syndicalisme ?) vers

la fin de son article. Après avoir rappelé que « les syndicats du

secteur public affirment que leurs membres sont moins bien

traités que les travailleurs du secteur privé » (il s’agit sans doute

des travailleurs du gouvernement provincial actuellement en

négociation), il affirme, sans gêne, que « les chiffres de l’ISQ

montrent, noir sur blanc, que l’argumentaire syndical ne tient

pas la route ». Ainsi, « en 2004, la rémunération horaire

moyenne se situait à 22,97 $ dans le secteur public, comparativement

à seulement 16,43 $ dans le secteur privé », ce à quoi

l’auteur ajoute que « ce chiffre tient compte de toutes les entreprises

privées, syndiquées et non syndiquées ». Comment peut-on

sérieusement comparer ces deux groupes et parler d’un

« retard de 28,5 % » pour le privé alors qu’il s’agit de groupes

dont la composition est fort différente ? M. Picher a-t-il comparé

le niveau d’éducation moyen des travailleurs de la fonction

publique avec ceux du secteur privé afin de relativiser ce genre

de comparaison ? Il aurait pu consulter le rapport intitulé

« Rémunération des salariés, État et évolution comparés 2004 »

également disponible sur le site de l’ISQ pour connaître les

résultats d’une étude sérieuse où on compare la rémunération

d’emplois comparables dans le secteur public et le secteur

privé. Il y aurait appris qu’en 2004 « le salaire des employés de

l’administration québécoise présente un retard de 12,1 % vis-à-vis de celui des autres salariés québécois pour l’ensemble des

emplois repères », que « les employés de l’administration québécoise

ont un retard salarial de 12,3 % face à ceux du secteur

privé » et que « dans l’ensemble des emplois repères, le salaire des employés de l’administration québécoise est en retard de

16,3 % sur celui du secteur privé syndiqué ». La situation ne s’est pas améliorée depuis l’année dernière, au contraire, les salaires ayant été gelés dans la fonction publique québécoise. Voilà pour les gras durs ! Bien sûr, ce rapport contient beaucoup d’autres données qui apportent toutes sortes de nuances, pour ceux que les nuances intéressent.

  • Christian Contant
  • Montréal

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