Syndicat du personnel enseignant du Collège Ahuntsic (FNEEQ-CSN)
Le 61e congrès de la Confédération des syndicats nationaux

Ou comment projeter l’image d’une centrale unie, sage et à la mode ?

vendredi 26 août 2005

Décidément, on n’a plus les congrès CSN qu’on avait... Exit les grands débats existentiels, les affrontements idéologiques, les luttes pour le pouvoir et les batailles électorales ! En 2005, la CSN veut offrir d’elle l’image d’une centrale unie ayant sublimé ses grandes divisions internes, une centrale assagie qui peut maintenant s’offrir le luxe de débattre en priorité de sujets à la mode, à mille lieues de la lutte des classes : la conciliation travail/famille, le commerce équitable, la finance socialement responsable, le vieillissement de la population, le protocole de Kyoto, la gestion de l’eau, etc.

Il faut dire que cette fois-ci le contexte ne se prêtait ni aux guerres de tranchées ni aux coups d’éclat verbomoteurs. Sous le coup de la Loi 30 qui réorganise les unités d’accréditation, donc en pleine campagne de maraudage, la direction a cherché à éviter toute crise et tout dérapage en public. D’autre part, l’emprise de la présidente Claudette Carbonneau (en poste depuis trois ans) sur l’organisation du 1601 De Lorimier semble suffisamment bonne pour que personne n’ose contester ouvertement son leadership ou son entourage. Pour dire à quel point rien n’avait été laissé au hasard, la direction a bien pris soin de conclure quelques heures avant le début du congrès les délicates négociations avec le Syndicat des travailleurs et travailleuses de la CSN, qui représente les 625 salariés-es de la Centrale.

Un congrès réglé au quart de tour donc. Dans ses élans de modernité et d’ouverture à la société BCBG, la CSN a offert sur un plateau d’argent une tribune à des personnalités qui n’ont pas la réputation d’être des porte-parole de la gauche : la journaliste Michaëlle Jean, l’ex-ministre libéral Jean Cournoyer, l’ex-ministre péquiste Guy Chevrette, la directrice de la Très Grande Bibliothèque Lise Bissonnette, etc. Il ne s’agissait pas de leur demander de participer à un débat contradictoire, mais bien de leur donner du « temps d’antenne » 100 % libre, sans aucune forme de reddition de comptes envers l’auditoire ou même envers les chefs syndicaux. Le surlendemain de la prestation de Jean Cournoyer, un délégué s’est pointé au micro pour demander à l’exécutif si, dans 20 ans, la CSN inviterait Jean Charest à son congrès dans le but de l’entendre livrer un bilan personnel des partenariats privé-public (PPP) et de sa gestion néolibérale du Québec alors qu’il dirigeait un gouvernement PLQ.

Bons points

C’est avec beaucoup de fierté que dans son mot d’ouverture, la présidente a annoncé aux 1500 congressistes que la CSN avait attiré en son sein, depuis trois ans, près de 30 000 nouveaux membres, ce qui porte à 300 727 le nombre total de syndiqués-es CSN. Les plus gros contingents proviennent de la SAQ (3700 membres) et de la réorganisation des unités d’accréditation dans le secteur de la santé (processus qui n’est pas terminé mais qui, en date du 9 mai, avait permis à la centrale d’enregistrer un gain net d’au moins 4000 membres).

De plus, les relations avec la FTQ semblaient être redevenues cordiales. Henri Massé, président de la FTQ, qui a eu le privilège de s’adresser à l’ensemble des congressistes dès l’ouverture du congrès, a insisté sur l’importance de l’unité entre les deux centrales à l’heure où s’entame un bras de fer avec l’État-patron. « On a commencé ces négos ensemble, on va les poursuivre ensemble et on va les terminer ensemble » a-t-il déclaré avant d’être chaleureusement applaudi. Durant le congrès, cette unité intersyndicale s’est même matérialisée sur le terrain, alors qu’une première manifestation conjointe du secteur public CSN-FTQ avait lieu devant l’Hôtel Reine Élizabeth où le ministre de l’Éducation Jean-Marc Fournier s’était rendu prononcer une conférence, le 12 mai.

Même si en surface l’organisation voulait éviter de faire trop de vagues, en toile de fond le mouvement CSN s’est distingué lui, au cours des deux dernières années, par la chaude lutte qu’il a menée contre les politiques conservatrices du gouvernement Charest. Le congrès a été l’occasion de se rappeler ces luttes, d’en faire le bilan, mais aussi de les célébrer. En effet, l’un des moments forts du congrès fut l’émouvante rétrospective des luttes syndicales pour la période 2001-2003. Au surplus, lors de l’examen des états financiers pour ladite période, nous apprenions que quatre millions de dollars du Fonds de défense professionnelle ont été canalisés vers les activités de mobilisation en appui aux revendications de la CSN, notamment la lutte contre les politiques néolibérales du gouvernement provincial. La confédération conserve donc malgré tout son label de centrale syndicale combative.

Quelques débats

Même si de grands efforts ont été déployés par la machine pour éviter tout débat épineux pouvant susciter division, malaise ou ressentiment (ex. : l’action politique partisane, la stratégie de concertation avec le gouvernement lors de sommets socio-économiques, etc.), nous avons eu droit heureusement à quelques discussions aussi délicates qu’intéressantes. L’une de celles-ci, amenée sur le plancher du congrès par quelques délégués-es, consistait à savoir si la CSN devait tenter, tout doucement, de devenir une centrale canadian, dans le genre from to coast to coast.

Précisons ici que la CSN regroupe déjà depuis plus de quatre ans le syndicat des 6000 agents correctionnels du Canada (SACC-UCCO), agents oeuvrant dans les prisons fédérales disséminées sur l’ensemble du territoire canadien. Ceux-ci étaient malheureux dans leur ancienne organisation syndicale, l’Alliance de la fonction publique du Canada. Aujourd’hui, ils semblent très satisfaits non seulement des services offerts par la CSN, mais aussi de la place que donne la Confédération à leurs revendications, de même que du fonctionnement démocratique de leur nouvelle centrale.

Leur satisfaction est si contagieuse que des délégués-es souhaitaient que leur centrale se mette à faire du prosélytisme à l’extérieur de la Belle province, dans l’espoir de servir d’autres syndicats canadiens en mal de représentation syndicale convenable. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la direction de la Confédération ne partageait pas cette envie d’aller propager la bonne nouvelle CSN dans le ROC (Rest of Canada), le principal motif invoqué étant que d’offrir des services de qualité aux membres de Terre-Neuve comme de la Colombie-Britannique n’était pas une mince affaire, logistiquement parlant. Si jamais le mouvement CSN songeait sérieusement à aller dans cette direction, il faudrait être prêt à déployer des ressources considérables pour offrir des points de services éventuellement dans les 10 provinces, ce qui coûterait très cher, a dit en substance Louis Roy au nom de l’exécutif.

D’autres discussions intéressantes eurent lieu également sur les thèmes suivants : la caisse de l’assurance-emploi (doit-on en faire une caisse autonome ou non ?), l’économie sociale (est-ce une forme déguisée de sous-traitance ?), les orientations CSN en éducation (notamment, le gouvernement doit-il couper les subventions aux écoles privées ?), etc.

Stabilité politique

Le 61e congrès a reconduit par acclamation les six membres de l’exécutif de la CSN pour un nouveau mandat de trois ans. Trois d’entre eux proviennent de la Fédération de la santé et des services sociaux : la présidente Claudette Carbonneau, le 1er vice-président Louis Roy et la 3e vice-présidente Denise Boucher. La secrétaire générale Lise Poulin est issue de la Fédération du commerce, le 2e vice-président Roger Valois est issu de la Fédération de la métallurgie, tandis que le trésorier Pierre Patry était président de la Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ) jusqu’au mois de mars 2004.

Parallèlement à cette longévité politique de certains membres de l’exécutif, on a pu noter toutefois une présence relativement forte des jeunes à ce congrès. Une relève syndicale semble être en émergence, relève formée en bonne partie à l’école des luttes étudiantes ou des grandes batailles altermondialistes. Voilà qui est encourageant !


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 2289 / 221519

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site SPECA-HEBDO - Vol. 33  Suivre la vie du site Archives du SPECA-HEBDO  Suivre la vie du site SPECA-HEBDO Vol. 26  Suivre la vie du site Volume 26 - No. 1   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.4 + AHUNTSIC

Creative Commons License

Visiteurs connectés : 0