Syndicat du personnel enseignant du Collège Ahuntsic (FNEEQ-CSN)

Tarification de l’éducation postsecondaire ou gratuité scolaire ?

L’abolition des frais de scolarité est économiquement viable et plus équitable au plan social
samedi 22 septembre 2007

Dans cette étude [1], l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) réexamine la pertinence d’une tarification des études postsecondaires. Cette recherche explore la pertinence et la faisabilité d’une abolition des droits de scolarité comme moyen d’éliminer les obstacles financiers à la poursuite d’études supérieures.

Après avoir examiné les impacts sociaux et économiques négatifs d’une hausse des droits de scolarité en Angleterre et en Ontario tant sur le plan de l’accessibilité pour tous à des études postsecondaires que sur le plan du financement des institutions d’éducation supérieures, le document examine la viabilité de l’approche alternative que constitue l’abolition pure et simple des frais de scolarité.

L’étude conclue que l’éducation postsecondaire fait face à deux problèmes bien distincts : un débat sur la tarification de l’éducation (le plus souvent présenté uniquement sous l’angle des hausses de frais) et celle d’un sous-financement chronique.

L’objet circonscrit de cette étude étant d’examiner la faisabilité et les conséquences de l’instauration de la gratuité scolaire au Québec, elle démontre un lien direct entre le sous-financement étatique et les pressions en faveur d’une hausse des frais de scolarité, et ceci même si ces hausses ne représentent pas une solution au problème en plus d’entraîner de nombreux impacts négatifs au plan social.

L’étude démontre également qu’une abolition de la tarification en éducation est à privilégier face aux hausses de frais de scolarité, et ceci afin de permettre une meilleure accessibilité pour tous et toutes, et afin d’enrayer les obstacles financiers et la pression liée à l’endettement.

En conséquence, l’étude tire les conclusions suivantes :

  • La tarification de l’éducation et l’endettement pèsent sur l’accessibilité aux études et les conditions de vie des étudiants et diplômés.
  • La tarification des études postsecondaires entraîne plusieurs problèmes économiques et

sociaux liés à l’endettement étudiant et à l’accessibilité pour les moins nantis.

  • Une hausse des frais de scolarité ne pourrait qu’exacerber ces problèmes,
  • Les hausses de frais de scolarité ne sont pas une solution au sous-financement des universités. Elles ne font que transférer une infime partie des coûts sur les individus sans remettre en question le déclin systématique du financement gouvernemental en éducation et ne règle en rien la « crise » du sous-financement institutionnel.
  • En Grande-Bretagne et en Ontario, les hausses de frais de scolarité n’ont pas réglé les

problèmes de sous-financement, mais ont entraîné une augmentation significative de

l’endettement étudiant. Ce facteur dissuasif a entraîné à son tour une chute des demandes

d’admission et une réorientation des étudiants vers les domaines plus techniques, en plus de

nuire à l’accessibilité des moins nantis.

  • L’augmentation des frais assumés par les étudiants est utilisée par les gouvernements comme

un substitut au financement public, en chute libre ces dernières décennies.

  • Abolir les droits de scolarité au Québec et instaurer la gratuité des études postsecondaires ne coûterait que 550M $, ce qui représente un peu moins de 1 % du budget du gouvernement.
  • L’abolition des droits de scolarité apparaît économiquement viable, socialement plus

équitable que la tarification et tout à fait réaliste au plan budgétaire.

  • La gratuité scolaire est un incitatif à la poursuite d’études supérieures.
  • L’instauration de la gratuité scolaire est le premier pas vers une politique réellement progressiste en éducation, politique qui devra être assortie d’une révision à la hausse du financement public.

Ainsi, plutôt que d’étudier des hausses de frais de scolarité qui ne règlent pas les problèmes

pour lesquelles elles sont mises en place en plus d’entraîner des coûts sociaux majeurs, le

gouvernement du Québec devrait s’interroger sur la pertinence de maintenir la tarification de

l’éducation et étudier des perspectives d’abolition des frais de scolarité.

Face au désengagement de l’état, le plus souvent présenté comme étant « inévitable », les « institutions » d’enseignement se trouvent forcées d’opter pour un transfert des coûts sur les individus.

Le plus souvent, ce mouvement se justifie à travers une rhétorique utilitariste qui considère l’éducation comme un investissement productif dans la connaissance exclusivement opérationnelle, voire une marchandise dont le « consommateur » devrait assumer la plus grande partie des coûts.

La « rentabilité économique » à long terme pour le consommateur étudiant supplante ainsi la finalité et la mission de base de l’éducation : celle de former des citoyens et citoyennes éclairés capables d’entrer en rapport critique au monde et de participer à l’édification du projet social commun.

De plus, cette perspective économiciste gomme les impacts sociaux de la tarification de l’éducation sur les moins nantis et sur la classe moyenne. Pour un individu provenant d’une famille à faible revenu, l’éventualité d’une dette de l’ordre de dizaines de milliers de dollars

représente un incitatif fort à intégrer le plus rapidement possible le marché du travail, ou encore à choisir un parcours académique court et profitable.

Cette étude montre bien que l’accès universel à l’éducation, possible et réaliste, peut seul assurer le caractère démocratique de l’accès à l’éducation et l’intégrité des institutions d’enseignement et de leur mission de diffusion d’une connaissance générale et

d’une culture commune.


Le document complet de l’étude est aussi disponible au format PDF.

Tarification de l’éducation postsecondaire ou gratuité scolaire ?
L’abolition des frais de scolarité est économiquement viable et plus équitable au plan social

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), un institut de recherche indépendant et progressiste, a été foncé à l’automne 2000. Sa mission est double. D’une part, l’institut produit des recherches, des brochures et des dépliants sur les grands enjeux socio-économiques de l’heure (fiscalité, pauvreté, mondialisation, privatisations, etc.) afin d’offrir un contre-discours à la perspective néolibérale. D’autre part, les chercheurs offrent leurs services aux groupes communautaires, groupes écologistes et syndicats pour des projets de recherche spécifiques ou pour la rédaction de mémoires.

Les études et autres documents de l’IRIS sont diffusés gratuitement sur notre site WEB, l’objectif étant de les rendre accessibles au plus grand nombre de personnes possible.

Les chercheurs de l’IRIS sont disponibles pour donner des conférences et animer des ateliers.

POUR JOINDRE L’IRIS

  • (514) 206-6733

[1Étude menée par Philippe Hurteau et Éric Martin, produite par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) en janvier 2007


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